Jamaique #9, Exil forcé aux Îles Caïmans

Après le demi-fiasco de Boscobel et Ocho Rios (j’ai quand même vu des tortues, des cascades et des dauphins faut pas déconner), je n’ai pas réorganisé d’escapade en weekend tout de suite. J’aurais bien tenté le sentier de randonnée dans les Blue Mountains, mais manque de bol il était en travaux pour entretien…


De toutes manières, je ne le savais pas encore mais une autre aventure m’attendait le weekend suivant.

Souviens-toi de l’épisode 1 à l’aéroport de Montego Bay, et de l’officier du contrôle des passeports qui m’avait dit que je pouvais rester plus longtemps à conditions de renouveler le visa temporaire de 30 jours. J’avais bien enregistré le fait que je puisse rester 80 jours, mais pour une raison quelconque la partie renouvellement m’étais sortie de l’esprit… Jusqu’à ce qu’on arrive à la date buttoir.
Le jeudi soir, j’ai donc pris soudainement conscience que mon visa expirait le lundi suivant. Zut, et sinon, ça se passe comment du coup ?
Le vendredi matin j’en parle à James-White-Le-Consultant à la première heure, qui me dit « Euh…. Shit ! ». On a regardé la procédure ensemble. Il fallait aller à l’office de l’immigration, qui bien entendu fermait le vendredi midi pour le weekend, jusqu’au lundi matin. Et nous étions déjà bien avancés dans la matinée. Sinon ce n’est pas drôle.
Du bout des lèvres, j’en parle au bureau des affaires juridiques de mon lieu de stage.

Et là, branle-bas de combat.

D’un coup, tous les fonctionnaires de cette administration internationale d’habitude plutôt pépères ont passé la troisième vitesse. Puis la quatrième. Et la cinquième. On aurait soudainement dit que le champ de cigales s’était transformé en fourmilière.
Et oui car risquer d’avoir une stagiaire qui se fait expulser, ça la fout mal pour une organisation internationale. Après avoir épuisé toutes les possibilités, il n’y avait plus qu’une solution : en parler au grand manitou, craint de tous mais le seul pouvant faire appel à son réseau diplomatique à l’ambassade. Je te jure, les gens tremblaient rien qu’à cette idée.
Pendant ce temps, James White et moi regardions ce spectacle d’un œil amusé, et avions déjà trouvé la combine : puisque même si on arrivait à résoudre le problème, il faudrait que je paye 400€ de frais de renouvellement, autant me payer un billet d’avion, sortir du territoire et ré-entrer en Jamaïque avec un visa temporaire de 30 jours, gratuit.
Et comme par hasard, le billet le moins cher au départ de Kingston le jour même était à destination… des Îles Caïmans !

Me voilà donc partie pour un exil forcé d’un weekend aux Caïmans, et zou !

J’avais réservé en ligne un lit en dortoir dans la seule auberge de jeunesse des Îles Caïmans, qui, s’il faut le rappeler, est un paradis fiscal et une destination prisée des touristes fortunés. L’auberge m’avait envoyé un email pour me conseiller de noter l’adresse d’un hôtel de luxe, et non pas la leur, sur le bulletin d’entrée à présenter au contrôle des passeports. C’est comme ça que j’ai appris que le gouvernement des Caïmans fait la guerre aux hôtels bon marché et encore plus aux auberges de jeunesse, au point qu’ils les avaient fait fermer une fois, et qu’ils ne laissaient pas entrer leurs clients sur le territoire. Suivant leurs conseils, je passai le contrôle comme une lettre à la poste et débarquai en terre caïmane de bon matin le samedi.

À l’aide de ma petite carte de l’île, qui est rikiki il faut bien le dire, j’ai pris la direction de George Town, la capitale et seule ville de Grand Cayman.

Minute géographie: Et oui car les Îles Caïmans sont au nombre de trois : Grand Cayman, la principale sur laquelle je me trouvais, Little Cayman et Cayman Brack. C’est un territoire d’Outre-mer du Royaume-Uni, qui bénéficie d’une certaine autonomie.

J’avais repéré le Fort George indiqué sur la carte, sur la route de l’auberge. Autant y jeter un œil car la ville en soi n’est pas très intéressante : des immeubles gris et vitrés de bureaux divers et variés, et des banques. Sur le chemin cependant, je suis passée dans les ruelles des quartiers populaires – car même dans les paradis fiscaux il faut bien loger les personnels d’entretien, de cuisine etc. L’ambiance était relativement calme mais plus sympa que le quartier des affaires, ponctuée de mamas caribéennes qui se racontaient les derniers potins, d’enfants qui se chamaillaient ou de vieux qui jouaient aux cartes.
Fort George n’avait en fait pas grand chose d’un fort, mais s’apparentait plus à la cabane au fond du jardin de Cabrel en version perchée. Même à l’époque, en 1943, c’était une cabane perchée dans un cotonnier, au pied duquel on trouvait 2 ou 3 canons, et voilà. Une petite île comme ça, cela suffisait largement pour la protéger j’imagine. Mais bon, côté patrimoine architectural on reviendra.

Arrivée à l’auberge, je m’installe. Les gens sont très sympas, la fille de l’accueil est une française qui donne des cours de langue et travaille à l’auberge pour payer son séjour aux Caïmans. Elle me conseille d’aller manger au restau d’à côté, où les prix sont abordables : le Rackham le Rouge.

Au Rackham, je me prends un cocktail du tonnerre pour fêter mon exil, en admirant la vue qui est plutôt pas mal ! Le regard tourné vers l’horizon, je profite de cette vue très pirate entre le nom du bar, et le trois-mâts d’époque qui est posé là, comme ça, fin comme un oiseau avec ses 18 nœuds et 400 tonneaux, hissez hauuuuut… Et en haut justement, des nuages noirs qui arrivent au grand galop.

Il faudra pas bien longtemps avant que la pluie ne nous arrive dessus, et je reste à l’abri sur la terrasse couverte. J’en profite pour skyper avec les parents, que j’avais oublié de prévenir avec tout ça et qui du coup, me croyaient posée sous un palmier jamaïcain.

– Salut les parents !
– Salut Laura ! Ça va ?
– Oui oui, je suis aux Îles Caïmans là.
– …

Je leur raconte dans les grandes lignes, ils se marrent, et me souhaitent un bon weekend sous la pluie encore une fois.

Je profite de la soirée en compagnie des autres résidents de l’auberge. On y rencontre (presque) toujours des gens intéressants. Il y avait ce père de famille américain qui était venu profiter des récifs en masque et tuba tout seul, pour faire un break sans les enfants « Parce que bon. Tu vois quoi. ». Et ce type un peu hippie, qui marche pieds nus, qui a la peau marquée par le soleil et le sel, et les cheveux gris, longs et gras. Lui, il est argentin-anglais-néerlandais, mais a vécu toute sa vie en Équateur, et travaille désormais au Belize où il tient un club de plongée. Il a plein d’histoires fascinantes à raconter, sur les gens, sur les récifs et sur la vie des poissons. Il me raconte qu’une fois, il a vu des ‘groupers’ (un genre de mérou) et des murènes chasser ensemble un banc de petits poissons. Truc de ouf, non ?

Bref, passons.

Le lendemain il pleuvait moins. J’en ai profité pour faire le tour de la partie ouest de la ville. J’ai remonté la très fameuse 7 mile beach, le long de laquelle s’alignent tous les hôtels de luxe, qui redoublent d’imagination les uns les autres pour rivaliser en architecture et en déco. Et qui prennent toute la place avec leurs transats sur la plage, même si eux au moins ne privatisent pas carrément toute la plage comme en Jamaïque.
Je me suis assise sur un transat en faisant mine d’être cliente de l’hôtel en question, et j’ai regardé les pélicans qui jouaient dans les vagues.

Comme je suis pas trop ‘glande à la plage’, j’ai commencé à m’ennuyer ferme au bout de 15-20 minutes, et je me suis mise à marcher en remontant la plage vers le Nord. Il y avait des squelettes calcaires de coraux blanchis dans le sable. D’ailleurs, les petits murets qui bordaient la plage étaient faits en coraux fossilisés, c’est mignon tout plein. J’en ai ramassé deux ou trois sans trop savoir si ça passerait à l’aéroport (et c’est passé, bien planqués au fond du sac à dos).

Minute culture : Et oui, car les coraux sont des colonies de petits animaux de la famille des anémones, qu’on appelle polypes, qui construisent leur ‘maison’ en calcaire et qui est en fait leur squelette. Et là, paf ! ça fait non pas de chocapics mais des récifs. Quand ils meurent, ne reste que leur squelette tout blanchi puisque c’est l’animal qui donne sa couleur au corail – enfin, plus précisément l’algue microscopique qui vit en symbiose avec le polype, la zooxanthelle, mais bon je propose qu’on y revienne une autre fois.

En remontant au bord des vagues, j’ai marché sur une abeille. Elle m’a piqué la plante du pied la saleté. Ça m’arrive tout le temps, une fois j’ai marché sur une grenouille en Floride, sur une vive aussi (un petit poisson à l’épine dorsale venimeuse), sur un oursin, etc. Bref, j’ai eu mal mais comme je suis super badass, je ne me suis pas roulé par terre en pleurant. J’ai continué la tête haute en clopinant, jusqu’à arriver au niveau de la ferme des tortues que m’avait conseillée la fille de l’auberge.
Il y avait plein de tortues marines, toutes espèces confondues. Un peu les unes sur les autres d’ailleurs. J’ai appris que certaines auraient la chance d’être réintroduites dans le milieu marin… et que d’autres moins chanceuses finiraient en soupe !
Je me suis dirigée vers la nurserie, où les petites tortues se faisaient manipuler par des morveux toute la journée, les pauvres. Bien qu’il y ait des explications détaillées sur comment les toucher, les attraper, et comment ne pas les sortir de l’eau, c’était un peu la foire et le type qui devait surveiller étant tout seul, il était un peu trop débordé pour courir après tous les mômes qui se baladaient en brandissant une petite tortue au-dessus de leur tête. Ça m’a un peu énervée je dois dire.

J’ai aussi eu l’occasion d’y rencontrer Smiley, la mascotte de l’île toute entière. Pour la petite histoire, Smiley est une dame crocodile de 2,75m de long (!!!) trouvée dans le lagon intérieur de Grand Cayman en 2006, alors qu’on n’avait plus vu de croco depuis plus de 50 ans dans les îles. En faisant des analyses ADN pour retrouver sa famille et la renvoyer chez elle, les scientifiques ont appris que c’était un hybride entre croco américain et cubain. Apparemment, on ne pouvait pas la remettre dans le milieu naturel à cause de cette particularité. Du coup, elle vit à la ferme des tortues dans un petit enclos, pauvre chouchoute.

Sur le chemin du retour j’ai admiré la côte du Nord Ouest de l’île, au Nord de la 7 mile beach. Le temps était gris, les vagues s’éclataient sur les vieux rochers de lave érodés, et des petits crabes bruns se faisaient secouer par le remous. On aurait dit des petits gamins qui jouent dans les vagues.
Mais avec tout ça on était dimanche soir, et le lendemain il fallait rentrer à Kingston.

Me voilà donc à Kingston à l’arrivée de mon vol en provenance de George Town. Je dois dire que je commence à stresser un peu. Qu’arrivera-t-il si l’officier du contrôle des passeports s’aperçoit que je reviens en Jamaïque après seulement 2 jours d’absence…? Dans le doute, je triture mon passeport, le tort au niveau d’une page blanche en espérant qu’il s’ouvrira automatiquement dessus, que l’agent manquera ainsi le tampon jamaïcain précédent et n’y verra que du feu.
Je sais c’est idiot, tout est informatisé maintenant… « Vous êtes déjà venue en Jamaïque ? » me demande-t-il l’air de rien. Je réponds que oui à demi-mot, et il me souhaite un bon séjour.
J’avais quand même une belle suée dans le dos et sous les aisselles, mais je pouvais me rendre direct au boulot.

Allez, sur ce je vous laisse, on se retrouve bientôt pour une nouvelle aventure !

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Un commentaire

  1. 5 juillet 2017
    Reply

    Toujours fan de tes aventures 😀 ! Et ces sales mômes mal élevés qui embêtent les tortues, ça m’aurait rendue folle ><

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