Jamaïque #1 , Laura Gondin chez les Rastafaris

Aujourd’hui, Laura Gondin est partie pour une nouvelle aventure au pays du Yeah Man (et non, pas au Yémen).
Car oui, ils disent vraiment « yeah, man » tout le temps.


carte Jamaïque

Tout a commencé un samedi de Janvier 2015, donc, départ de Bruxelles à 9h pour deux mois en Jamaïque. No problemo si ce n’est que dans l’avion, je me suis rendue compte que j’avais oublié de mettre un truc dans ma valise… L’appareil photo ! Ben oui, tant pis, je ferai des photos avec mon téléphone qui n’est ni smart, ni haute résolution. De toute manière les souvenirs c’est dans la tête n’est-ce pas ? Quoi, tu les regardes souvent, toi, tes photos numériques stockées dans un dossier sur ton ordi?

 

Départ Jamaïque

 

Bref, escale a Punta Cana pour se mettre dans le bain, grosse chaleur en sortant de l’avion. Bam, elle m’est tombée dessus comme ça, la chaleur. J’te jure !

Oublie Google Maps, Punta Cana c’est en République Dominicaine, si tu te demandais.

Enfin ! Arrivée a Montego Bay à 16h30, heure locale (22h30 heure belge).
Un peu naze après 13h d’avion dans les pattes, hâte d’aller me coucher.
Devant me rendre à Kingston, j’avais prévu de dormir à Montego Bay – « MoBay » de son petit nom – et de faire le trajet en bus le lendemain.

Petite parenthèse. La Jamaïque (en anglais « Jamaica », wesh) est une petite île des Caraïbes de la taille de la Gambie. Quoi, ça te dit rien ? En somme, c’est 3 fois plus petit que la Belgique. Tout de suite on visualise mieux. C’est un pays étalé dans sa longueur, d’Est en Ouest. Si ça te parle toujours pas t’iras voir sur l’Internet et puis voilà.
Nous avons deux grandes villes : Kingston au Sud-Est, et à l’opposé il y a MoBay, au Nord-Ouest donc (au cas où tu saches pas ce que c’est, l’opposé). Et puis au Sud de MoBay, donc au Sud-Ouest (ça va tu suis toujours?) il y a la petite bourgade de Savanna-La-Mar, ou Sav’ pour les locaux. Pourquoi j’te parle de Sav’ ? Attends, on va y venir. C’était la minute géographie. J’t’ai collé une carte au-dessus parce que j’suis une fille sympa.

 

Donc, j’atterris à MoBay.
Première épreuve, marcher sur le tarmac en plein caniar[1], de l’avion jusqu’au hall des arrivées. 30 degrés – celsius, faut-il encore le préciser ? – à l’ombre. J’ai sué comme jamais, les aisselles qui puent, la culotte qui colle et tout le tsouin-tsouin.

Addendum : en fait six mois plus tard en Sicile, j’ai sué encore plus.

Rêvant de récupérer ma valise pour me changer vite fait (faut-il préciser que bien sûr, j’étais habillée en mode hiver belge? Hashtag mois de Janvier), je m’arrête au bureau de l’immigration.
Contrôle du passeport, s’il vous plaît.

– Laura, me dit le monsieur[2], why are you coming to Jamaica? (Pardon pour l’anglais si t’es pas bilingue)
– Je viens faire un stage a Kingston, je lui réponds guillerette (et dégoulinante).
– Et où exactement à Kingston vas-tu loger ?
– A Strathairn avenue.
– Oui je vois, dit-il (il regardait le petit formulaire que j’avais rempli auparavant), mais il me faut une adresse précise.
– Euh..

Ah. J’avais pas pensé a ça. Un nom de rue ça me suffisait, moi.

Direction le bureau des touristes, où 4 personnes se tournaient les pouces. Mais il leur a quand même fallu 5 min avant que l’un d’entre eux me demande « Et qu’est-ce que je peux faire pour vous Miss? ».
Je leur refile le numéro de la proprio AirBnB, que bien sur je n’arrivais pas a joindre depuis mon portable français (because, ça aurait été trop facile). Il appelle. Elle lui donne l’adresse exacte. Number 2, Strathairn avenue (si tu prononces ça tout haut et en anglais, ça rime, ndlr). Thank you Sir. Je retourne au contrôle, où le type retenait mon passeport en otage tout ce temps.

– Thank you Laura, qu’il me dit.
– De rien, je réponds.
– Ha ! s’exclame-t-il
– Quoi ? (J’aurais bien dit « Quoi, encore?! » mais à ce stade je voulais vraiment aller me changer)
– Vous allez rester 80 jours…
– Euh… Oui.

Là, je commence a m’inquiéter. Je m’étais pourtant renseignée et il n’y a normalement pas besoin de visa pour moins de 90 jours.

– Je ne peux vous autoriser à séjourner que 30 jours.

Et merde. Mon coup de chaud a refroidi d’un coup.

– But don’t panic, continue-t-il, vous n’avez qu’à vous rendre au bureau de l’immigration à Kingston avant 30 jours pour renouveler le visa temporaire que je viens de vous accorder.
tampon
Ouf. Pof, tac, coup de tampon, je peux y aller.

Valise, RAS. Passage des douanes, RAS. Ha si, attends, j’avais oublié. La douanière m’a retenue pour faire l’interprète, à cause de deux belges (pas de blague, il y a des belges dans l’audience) qui ne parlaient pas un mot d’anglais et ne savaient pas remplir leur formulaire. Passage au bureau de change, RAS. Ha non, pardon, Quiproquo. La dame me demande combien je veux en $ jamaïcains. Je demande combien ça fait, 100€, en $ jamaïcains. Elle me dit ça fait 117 $ américains. J’insiste, « et en $ jamaïcains alors ? ». Elle me répond « Je ne sais pas, vous voulez combien en $ américains? ». Bon, bon, j’abrège, je cherche pas plus loin, et je prends 100 $ américains, plus ou moins 10 000 $ jamaïcains. Non mais, ils ont jamais entendu parler de l’euro ici ou quoi ?dollar

Enfin, j’accède aux chiottes, je me change, je respire.
C’est là qu’on passe aux choses sérieuses. Je devais dormir à MoBay donc. En couchsurfeuse avertie (ou pas, tu vas voir pourquoi), j’avais arrangé le coup avec Samantha, 27 ans, instit’. Aime: le reggae, parler espagnol, le Panama, les crêpes. N’aime pas: Paris. La veille elle m’avait envoyé les indications à suivre pour me rendre chez elle, et m’avait prévenue que ses toilettes étaient cassées mais que ça ne devrait pas être trop gênant puisque je ne restais qu’une nuit. J’ai donc pris mes précautions à l’aéroport, tant que j’y étais.
Je demande à un employé où sont les taxis.

– C’est par là.

Pour que tu visualises, il pointe son doigt vers la gauche. Je vais donc par là. Je ne vois pas de taxi. Je demande à une dame. Elle hurle :

– Hey, Richie!!

Pour des raisons de respect de la vie privée les noms des personnes n’ont pas été changés. Richie arrive, et me dit :

– Tu vas où mignonn’? (Traduction de l’anglais au breton).
– Au Bus Park (c’est-à-dire la gare routière, en jamaïcain).
– Ça sera 600$[3].

Là, je dis non ! Samantha m’a dit que ça ne me coûterait que 100$

à peu près 0,76 € ; non, je ne suis pas radine du tout ; bon ok peut-être un petit peu mais quoi, t’as jamais été étudiant toi ?

Je vais quand-même pas me faire plumer dès le premier jour ! Richie me jauge de haut en bas et me dit :

– Ha, ben c’est de l’autre coté alors, par ici.

Pour que tu visualises, il pointe son doigt vers la droite.
Ben oui, je ne suis pas une touriste qui va à l’hôtel 4 étoiles. Ni même 3 étoiles. Ni même 2, en fait.
Je vais donc « par ici », je ne vois toujours pas de taxi, je demande, on me dit mets-toi là sur le trottoir et attends un peu, ça va venir. Des taxis passent, tous pleins. Jusqu’à ce qu’il y en ait un qui me klaxonne. Oui car ici, le taxi klaxonne pour dire qu’il a de la place. Je n’avais pas percuté tout de suite et le chauffeur klaxonnait de plus belle. Faut dire, il avait l’air plein ce taxi, à mon goût. Je monte, nous sommes cinq passagers dans une berline, 1 devant, 4 à l’arrière, un peu à l’étroit mais bon c’est marrant. Tous des locaux, employés de l’aéroport qui rentrent chez eux. Ils me regardent de travers, je me dis que ça ne doit pas être souvent qu’ils voient des blancs prendre ces taxis-là.

MoBay_bus
© Evgenii

Le chauffeur me demande d’où je viens, où je vais.
Je lui dis que je vais rejoindre une amie, que je dois aller au Bus Park et prendre le bus SAV, et qu’elle m’attendra a l’arrêt Juici Patties. A ce stade, je suis persuadée que SAV, c’est le nom du bus ou un quartier de MoBay. Oui car en trouvant Samantha sur Couchsurfing, son profil était affiché parmi les hôtes de MoBay. Là le chauffeur m’informe que Sav’, c’est pas MoBay, que c’est même situé dans une autre paroisse. Et qu’à Juici Patties, on peut manger du bon bœuf en croustade.

Minute culture. En Jamaïque il n’y a pas de commune, de région ou de département. Le pays est divisé administrativement en paroisses. Voilà, tu te coucheras moins bête.

On arrive au Bus Park, le chauffeur me dépose au bus pour Sav’. Il est 17h30 heure locale (23h30 heure belge), j’ai passé 13h dans l’avion, j’ai fait nuit blanche la veille avec mes colocs, je suis lessivée. Et le bus pour Sav’, c’est un combi VW avec trois banquettes à l’arrière, et 20 a 25 personnes entassées dedans. A ce moment là, je suis dans un état a mi-chemin entre le coltard et l’excitation de la découverte, donc je m’en fiche. Sauf que ce que je ne savais pas encore, c’est que j’allais passer 1h là-dedans serrée, ballotée et sans clim.

 

combi_1

La suite au prochain épisode…

 

[1] J’ai cherché comment épeler caniar, mais figure-toi que c’est pas dans le dico, vindiou !

[2] Oui, parce que là-bas on s’emmerde pas avec le vouvoiement, on t’appelle directement par ton prénom. Faut pas s’offusquer.

[3] à partir d’ici tous les $ font référence aux $ jamaïcains.

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